Les faux jugements de Bouteflika.C'est non pas un étonnement, mais une onde de choc qu'ont ressenti les différentes chancelleries étrangères, suite à la déclaration de Bouteflika au sujet de l'Union du Maghreb arabe. Dans les salons, les étrangers se gaussent de la chose, alors que les diplomates fraîchement nommés en pâtissent.
C'est le pavé dans la mare. Pour preuve, lors de ses entretiens avec le président du Nicaragua Noriega à Alger, le chef d'Etat algérien reconnaît que la question du Sahara marocain représente un facteur de blocage du processus de l'édification du Maghreb, qui conditionne l'avenir de toute une région.
Bouteflika est un personnage surprenant, la preuve. Il est resté fidèle à lui-même, mais très infidèle à sa mémoire. Pour rappel, le 22 décembre 2003, il a reçu le plus cinglant camouflet diplomatique de son mandat : le 7e Sommet de l'Union du Maghreb arabe qui devait s'ouvrir ce jour-là à Alger est annulé faute de chefs d'Etat. Ses illustres voisins l'ont boudé, infligeant ainsi au pays une humiliation nationale. L'on comprend aujourd'hui le pourquoi du passage d'une diplomatie albinos à une autre, daltonienne.
Comme l'ont déjà affirmé avec force Sid Ahmed Ghozali et Ahmed Taleb Ibrahimi, qui ont tous les deux succédé à Bouteflika après l'ère Boumédienne au département des affaires étrangères : " Il n' y a pas un seul dossier de la diplomatie algérienne qui ait abouti et qu'on puisse lui attribuer. D'ailleurs, les années 60 et 70 en témoignent.
Elles sont caractérisées par une diplomatie de paille, voire même buissonnière.
En ces temps, plutôt que d'écarter Bouteflika des affaires étrangères, Boumédienne avait choisi d'en faire un leurre : aux yeux des partenaires étrangers, le ministre devait apparaître comme l'interlocuteur officiel sur certains dossiers dont, en réalité, il était tenu dans l'ignorance et sur lesquels il n'avait aucun pouvoir de décision. Cette ruse de guerre permettait à Boumédienne d'exploiter l'image conciliante de son ministre à des fins tactiques : endormir l'adversaire et donner du temps pour affiner une stratégie. Et en nommant récemment Medelci aux affaires étrangères, on a l'impression d'un retour dans l'histoire.
Aussi, la récente déclaration ne surprend point. Elle est utilisée comme anesthésiant en vue d'une sortie honorable vis-à-vis du concert des nations, d'un conflit dont le locataire des hauteurs d'Alger est l'un des instigateurs. Il est même persuadé que sa mission à la présidence est de trouver un accord à la problématique du dossier, alors que le but est de créer à nouveau l'impasse.
Que va-t-il plaider encore prochainement ? En cette circonstance, il serait de bon ton de rappeler une phrase de Ghozali : "Je crois que Bouteflika a succombé à une grave erreur de jugement. Il pensait qu'il n' y avait qu'à revivre l'époque où il était aux commandes de la diplomatie pour s'en sortir honorablement".
Il a juste commis une omission : on ne peut revivre le passé et la communauté internationale n'est plus dupe. En effet, après avoir pris note du courrier émanant du polisario, le mouvement armé et financé par Alger, le Conseil de sécurité a conforté le Royaume du Maroc dans sa démarche pragmatique, laquelle doit aboutir à une solution définitive d'une problématique confectionnée de toutes pièces.
Dans ce contexte, il est prévisible que l'Algérie se mette à l'heure d'une diplomatie anesthésiante et quelque peu offensive et ce, en actionnant tous ses relais de la grinçante chaîne des alliés d'antan.
Pour l'heure, on espère que les esprits algériens reviennent à de meilleurs sentiments, pour tenter le rapprochement entre les pays maghrébins. La prochaine rencontre des parties prenantes, sous les auspices de l'ONU dans le dossier du Sahara marocain, n'engage certes à rien à ce niveau, mais elle ne peut être ignorée par la diplomatie.
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Propositions
La résolution 1754 votée le 30 avril dernier à New York appelle tout un chacun à engager des discussions de bonne foi. Le Maroc est, quant à lui, conforté dans sa position. Telles sont les affirmations proclamées de par le monde.
En effet, la communauté internationale, consciente de l'ambiguïté algérienne, a fini par comprendre les réels enjeux du dossier du Sahara marocain.
Un nouveau blocage ne constituerait qu'une autre fuite en avant et ne ferait qu'aggraver les problèmes de fond qui se posent avec acuité dans le système algérien. Lequel ne peut s'arroger le droit de dicter la démarche à suivre pour les négociations. Et chaque partie est souveraine du choix de ses représentants.
Source : Lematin.ma